La semaine passée, dans notre tchat, quelques membres de ma communauté privée Spiritualité Avancée ont avoué devenir accrocs de nos sessions d’enseignements bimensuelles. Cela m’a fait littéralement éclater de rire et j’ai alors répondu spontanément « Ça y est ! Je suis devenue un vrai guru ! J’attire enfin les gens à moi comme des mouches sur un caca ! », ah ah ah ah ! Une des membres s’est alors empressée de faire un petit montage pour représenter ce nouveau statut auto-déclaré (la photo).
Une fois mon sérieux revenu, je leur ai tout de même expliqué que si on était en Inde, je serais en réalité très honorée de ce titre. Le mot guru a été tellement malmené qu’on en oublierait presque qu’il a un sens profond, sacré, limpide… Non, un guru n’est pas un type chelou à la longue barbe qui organise des partouzes, prend tout ton argent et qui possède 93 Rolls Royces. [Note : toute ressemblance avec un mec connu, genre Osho, n’est que pure coïncidence.]
En sanskrit, guru (गुरु) vient de deux racines :
Gu (गु) = obscurité, ignorance
Ru (रु) = dissiper, détruire
Donc le guru, c’est celui qui dissipe l’obscurité. Celui qui lève le voile de ton ignorance pour te révéler à toi-même ta nature divine, le Soi. Dans le Vedanta, cela prend une dimension très spécifique. Le guru est un instructeur qualifié, un Shrotriya-Brahma-Nishtha :
Shrotriya = il connaît les Écritures (shastra) et la méthode d’enseignement traditionnelle (sampradāya).
Brahma-Nishtha = il est fermement établi dans la connaissance de Brahman (la réalité absolue), donc libéré (jivanmukta, un illuminé dans le langage populaire).
Il n’est pas obligatoire que le guru ait des pouvoirs, un ashram, ou même une grande barbe. Il peut être une femme, inconnu(e), sans followers Instagram, tant qu’il remplit ces deux critères.
Le guru n’est pas là pour te sauver. Il/elle est là pour :
1/ T’enseigner le mode d’emploi de ton propre esprit, via les shastra.
2/ Te guider dans l’investigation (vichara) de ta véritable nature.
3/ Te révéler ce que tu es déjà (le Soi) à travers une méthode rigoureuse.
Comme dit dans la Mundaka Upanishad :
« Tad-vijñānārtham sa gurum eva abhigacchet »
(Pour connaître la Vérité, il faut impérativement aller vers un maître qualifié.)
Maintenant, la question à 100 balles : suis-je un guru ou pas ? Je dirais oui et non.
Je suis définitivement établie dans la connaissance, libérée, et je remplis les 3 fonctions précitées du guru. Là où j’ai encore des lacunes, c’est au niveau des shastra (les Écritures) : j’ai intégré l’essence, les grandes Upanishads, les prakriyas majeurs et les grands enseignements. Ce qu’il me reste, c’est le raffinement total de la méthode, le sanskrit approfondi, et l’étude complète des textes secondaires – ce que je continue à faire avec ferveur. Donc si on s’en tient à la tradition et à la description pure, la réponse est non.
Cependant, j’ai complètement intégré l’essence du Vedanta et je suis fidèle à la tradition. Je ne dilue rien, je ne transforme pas les enseignements à ma sauce, selon ma vision ou pour faire plaisir à mon public. Parce que le Vedanta est un outil (pramana) qui fonctionne merveilleusement bien, il serait idiot de se l’approprier de quelque manière que ce soit. Et ça, la grande majorité des enseignants occidentaux n’y sont pas encore. Et puis, il y a le fruit de ma transmission. Mes clients/élèves avancent de manière assez spectaculaire. Donc si je prends ces critères précis, alors la réponse est oui.
En conclusion, on pourrait dire que je suis un guru en devenir formel.
Pourquoi je te raconte tout ça !? Pas pour me faire valoir, avoir un titre, ou autre… Mais bien pour te faire comprendre que si tu veux concrètement avancer sur ce chemin spirituel, te libérer des illusions du monde et du personnage que tu crois être, il te faut une méthode validée et un enseignant qualifié. Ton « désir brûlant » (Mumukshutva, prérequis incontournable) n’est pas suffisant et passer d’un maître (enseignement) à l’autre comme on teste les restaurants du coin te fera perdre un temps précieux.
L’illumination n’est pas réservée à quelques élus, c’est jusque que les bons enseignants sont très rares, tout comme les gens qui le veulent vraiment… Bref, si un jour tu en as assez des turbulences de la vie et tu souhaites connaître la paix inébranlable du Soi que tu es, tu sais où me trouver.

