La maltraitance des enfants par conformisme

Oui je sais, je n’y vais pas de main morte avec ce titre… Il faut dire que ça remonte à loin mon instinct de protéger les sans défenses, particulièrement les enfants et les animaux.

Je devais avoir 16 ou 17 ans mais je m’en rappelle très bien. C’était au journal télévisé, ils montraient des hommes dans des barques qui tapaient sur l’eau avec leur rame. Cela attirait les dauphins qui, confiants, s’approchaient. Ensuite ces hommes empoignaient leur lance et les poignardaient. Sans aucune raison. C’était une tradition. La mer bleue devenait alors rouge de sang, et ils étaient heureux. J’ai beaucoup pleuré ce jour-là.

Mais pourtant, malgré cet instinct et un coeur grand comme ça, j’ai été moi aussi un bourreau.

Je me rappelle avoir dit, plus jeune et avant d’être maman, des dizaines de fois au moins : « Beh une fessée c’est pas la mort, c’est normal ! ». Ce qui veut tristement dire que j’avais intégré la violence physique envers un enfant (que je suis sensée protéger) comme normal… C’est complètement dingue quand j’y repense !

J’ai eu de la chance car mon fils est très têtu. Il a eu ses premières fessées vers l’âge de 2 ans, lorsqu’il n’obéissait pas. On entrait alors dans un jeu infernal : plus je criais, plus il se fermait, plus je donnais la fessée, plus il hurlait. Je le laissais ensuite dans cet état, en me disant qu’il finirait bien par se calmer tout seul… mais non. Il y allait crescendo jusqu’à s’étrangler.

C’est comme ça qu’un jour ce petit bout s’est retrouvé allongé par terre sur le dos au pied de l’escalier pendant près d’une demie heure. J’étais à bout. Quand je suis allée le retrouver excédée, il était rouge de colère au milieu de ses gros sanglots et j’ai enfin eu un choc.

Je venais de faire un saut dans le temps et de revoir les baffes de ma mère et les coups de mon père. Je désobéissais, et j’étais différente. Leur moule ne m’intéressait pas. Il fallait donc que je plie, que je « comprenne ».

J’ai alors déclaré : « Je ne serai pas ce parent-là, il doit y avoir un autre moyen ! ». 

Comme avec les dauphins, c’est une tradition culturelle de dresser un enfant comme ça et on y voit aucun mal. Le parent, qui se croit complètement légitime dans sa manière d’interagir avec violence, se lamente d’avoir un enfant rebelle. J’étais à mon tour ce parent.

Lorsque j’ai décidé de corriger le tir, de sortir de cette tradition, j’ai dû être très attentive vis à vis de mon mode de fonctionnement. Fonctionnement qui repose bien entendu sur une série de croyances et de conditionnements. J’avais même suivi un cours sur l’éducation positive « J’éduque dans la joie » et lu l’excellent livre « What do you really want for your children? » de Wayne Dyer (Que voulez-vous vraiment pour vos enfants ? malheureusement il n’existe plus en français), je les recommande tous les deux +++

Ces années d’entraînement en tant que parent différent ont complètement changé ma façon d’interagir avec mon fils et ma belle-fille. Cela m’a permis de faire le point sur mon système de valeurs et de découvrir à quel point élever un enfant dans l’amour est bien plus gratifiant et concluant que de l’élever dans la peur. J’ai une vision aujourd’hui bien différente des rapports parents-enfants.

J’ai cassé la tradition, et je continue de la casser.

C’est comme ça que j’ai retiré mon fils de l’école primaire dès la rentrée de septembre 2020 car il m’était inconcevable qu’il doive porter un masque toute une journée. L’empêcher de respirer correctement, la vie quoi, tout en le faisant grandir dans une atmosphère de peur et d’hommage à la maladie, pour moi c’est de la maltraitance directe physique et psychologique ni plus ni moins.

J’observe ces parents qui envoient leurs enfants chaque jour au bagne sous prétexte qu’ils doivent travailler alors qu’il existe tant d’alternatives. Je les ai entendus se plaindre ensuite des décrochages de leurs petits, des déprimes, des maux de tête et problèmes variés. Jamais ils ne remettent en cause la tradition d’envoyer l’enfant à l’école.

J’ai même entendu des parents me dire « Ah mais moi je ne saurais pas, les avoir toute la journée non merci je deviendrais dingue ! ». Donc l’école est en plus un moyen de se débarrasser de ses enfants qu’on ne supporte pas. Un parent qui ne supporte pas son enfant au point de ne pas pouvoir passer des journées entières avec lui ? Dois-je répéter ?

Et là ils sont nombreux à être sur le point de passer à l’étape d’après, surtout si ça devient obligatoire. La piqûre. On ferme les yeux sur les risques de santé (une fois de plus, après les masques) parce que l’école c’est vraiment trop important. Risquer la crise cardiaque, ça en vaut la peine. Pourvu qu’ils soient ingénieurs ou médecins ou avocats, tant pis si c’est en chaise roulante. Et pourvu, donc aussi parfois, qu’ils ne soient pas à la maison.

Mais qu’est-ce qui pourra bien déclencher ce choc tant attendu ? Jusqu’où ces enfants devront-ils être maltraités avant que ces parents reprennent leurs esprits et disent « STOP je ne serai pas ce parent-là » à leur tour ?

Sommes-nous devant une génération de parents complètement passive et engluée dans ses conditionnements au point de maltraiter leurs propres enfants par négligence et conformisme absolu et de ne pas s’en rendre compte ?

Ces enfants en paient le prix cher. Et s’ils ne se réveillaient pas… ?

Ma seule consolation alors est d’imaginer que ces enfants meurtris seront ceux qui sortiront de la tradition après avoir tant souffert d’indifférence, qu’ils seront la génération clé qui fera définitivement basculer ces traditions démentes dans les oubliettes.

Parce que le monde devient constamment meilleur, heureusement.

4 Commentaires sur “La maltraitance des enfants par conformisme”

  1. Mais laisser son enfant des heures sur son GSM ou devant la TV , sans contact avec ses petits copains ( ah si j’oubliais il y a roblox Pour communiquer avec eux, jeu hyper constructif où on apprend à compter, à partager…) Au moins on ne risque pas de tomber de son vélo, ni de se faire une entorse en jouant au foot…peut être des cloches à son derrière à rester assis, où une conjonctivite à fixer les écrans, pas grave, il faut vivre avec son temps….et surtout on a un enfant hyper sage qui ne bouge pas…. n’est-ce pas une autre forme de maltraitance ?

  2. Coucou Delphine ,ce document sur la maltraitance fait remonter de mauvais souvenirs pour moi car j’avais un père très sévère (et encore il s’agissait de mon père adoptif) et dont j’i toujours eu très peur !j’ai ramassé des coups et pour te dire la violence c’est que grâce à une voisine je suis encore là .J’ai été très marquée et je me suis jurée de ne jamais lever la main sur mes enfants !malheureusement j’ai reproduit ce schéma sur ma fille et j’ai compris en voyant une acupunctrice psychologue que grâce à mes paroles de conscience je coupais cette chaine de violences ,c’était un schéma de reproduction mon père avait subi la même chose et croyait que c’était comme cela qu’on éduquait les enfants ,j’ai manqué de communication avec lui ,il est décédé mais je lui ai pardonné !

    1. Merci pour ton témoignage Martine ! Nous sommes nombreux dans ce cas, jusqu’à il n’y a pas si longtemps c’était la « norme » dans la plupart des familles.

      Rompre le silence est important, il n’y a pas à avoir honte. C’est comme ça que nous rompons les schémas intergénérationnels et que nous faisons évoluer nos consciences ❤️

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