Fixe-toi des limites

Fixe-toi des limites

Se fixer des limites est un sujet récurrent autour de moi ces derniers jours dont j’avais vraiment envie de parler, on ne sait jamais ça pourrait bien servir 🙂

J’ai décidé d’y aller franco dans cet article, parce que c’est important de jouer cartes sur table ici. J’ai bien conscience que certaines personnes pourraient être choquées, déçues, ou que sais-je encore… Mais honnêtement la façon dont les gens perçoivent l’information – et moi par la même occasion – n’est pas de ma responsabilité.

Si tu me suis depuis un moment tu sais que j’ai eu un éveil brutal, quasi du jour au lendemain, et qu’il y a eu un véritable avant et après. À tous les niveaux : privé, professionnel, sentimental, parental. Il y a 3 ans maintenant que j’ai découvert l’invisible mais surtout que j’ai entamé ce plongeon à l’intérieur de moi.

Avant : je trouvais normal de rendre service, d’être (ultra) disponible pour les gens que j’aimais, d’accueillir à bras ouvert la famille de mon conjoint, d’appeler ma grand-mère même quand je n’en avais pas vraiment envie, de répondre à n’importe quel message d’une cliente ou d’une « fan FB » peu importe que ce soit le soir ou le week-end, etc. Oui, tout ça c’était normal, j’étais une fille sympa, gentille, au grand coeur, avec de belles valeurs comme ma maman m’a élevée.

Je ne fixais donc jamais de limites, je connaissais d’ailleurs à peine cette notion. Même mon cher et tendre était comme un électron libre pour qui tout était permis, capable de me dire « Je sors acheter des cigarettes » et de revenir deux jours après. Et pendant longtemps j’ai pensé que c’était lui le problème…

C’est grâce à lui que j’ai appris à dire non, mon premier NON énorme pour moi. J’avais découvert une de mes limites, il l’avait franchie de loin, je ne pouvais faire autrement que de lui dire.

Il avait fait venir sa fille de 11 ans en vacances à la maison pendant 3 semaines et il n’a jamais été là. Il m’avait déjà fait le coup l’année d’avant, 10 jours, j’avais râlé de son absence et que ça m’était difficile. À l’époque nous vivions dans un pays différent et il entretenait très peu de rapports avec elle. Il ne m’avait pas demandé mon avis et je me suis donc retrouvée à faire la babysitter H24 alors que j’étais une toute jeune maman (mon fils avait un an et demi) de la quarantaine – comprends « vite au bout du rouleau » quoi ! Sans compter que je n’avais jamais eu de grande compassion pour les enfants à cette époque et que je connaissais à peine ma belle-fille. Bref, le scénario était catastrophique.

Je me souviens que nous avions passé 3 jours de vacances à Rome juste avant de la ramener, en compagnie de ma soeur et de mon beau-frère et je m’étais confiée à elle. J’avais des envies de meurtre avec la gamine, tout mon corps ne la supportait plus. Et bien entendu, comme ça faisait des semaines que j’étais ultra disponible et le père ultra absent, ça ne lui venait même plus à l’idée de lui demander quoi que ce soit… Toute la journée c’était « Deeeelf… ». Ma soeur n’en revenait pas ! « Quoi ?! M’enfin, même moi ta soeur je n’ai absolument rien remarqué, au contraire je vois bien que la petite est attachée à toi et que tu es super avec elle. Vraiment je n’en reviens pas ! ». 

Je ne suis pas en train de dire ça pour me jeter des fleurs, mais bien pour te démontrer à quel point on peut être dévouée malgré que ce ne soit pas du tout en accord avec soi. À quel point notre besoin d’être une fille bien finit par leurrer nos plus proches… Franchement, c’est grave ! Bon, y avait bien évidemment aussi le fait que j’avais bien conscience que la petite n’en pouvait absolument rien et j’avais de la peine pour elle. Son père étant déjà un courant d’air, c’était pas la peine d’en rajouter une couche.

En vrai, je n’avais pas du tout à assumer son comportement (ni à le juger d’ailleurs !). Et c’est comme ça que j’ai dit à mon mari que dorénavant quand il inviterait sa fille je partirais en vacances chez ma mère. Il ne l’a plus jamais invitée.

À l’époque ce sujet était très tendu entre nous. D’une part on me disait que ça ne se faisait pas, que quand tu prends un homme tu dois prendre les enfants avec et cie. D’autre part j’étais très en colère contre lui et rétorquais que c’était facile de faire des gosses puis de jouer les courants d’air et de laisser les femmes s’en occuper. Le dialogue n’existait pas et chacun restait sur ses positions avec ce sentiment d’injustice.

La seule chose que j’avais réussie c’était de poser mon ultimatum et de « me faire respecter ». Un premier pas vers moi-même même s’il avait été fait de travers.

Quelques années plus tard, fin 2017, nous avons déménagé chez mon mari dans le sud de l’Italie. À l’époque j’étais enceinte de 3 mois et j’avais l’énergie d’un poulpe. Quand mes beaux-parents ont annoncé partir en vacances 10 jours en octobre c’est tout naturellement qu’il leur a dit qu’on prendrait en charge sa soeur. Et oui, ma belle-soeur née en 80 est handicapée, physique et mentale. Sur le plan physique il s’agit d’une atrophie musculaire du côté gauche, ce qui résulte en une mobilité réduite, et la paralysie d’une main. Sur le plan mental, j’ai affaire à une gamine de 12 ans, ou à une petite vieille imbuvable, ça dépend de la situation…

Me voilà donc avec elle sur les bras pendant les 10 jours les plus longs de ma vie. Oui parce que ma moitié, elle, jouait toujours autant les courants d’air vu qu’en plus il travaillait une semaine sur deux encore en Belgique ! Mon fils avait 4 ans et pour rappel je n’en menais pas large avec mon premier trimestre et mes 43 balais ! Mais je n’avais pas eu le courage de dire non, face à mes beaux-parents qui prenaient régulièrement mon fils et me soulageaient bien. Et mon mari qui voulait subitement jouer au bon fils bon frère ne m’aidait pas non plus forcément.

Je n’avais pas pu ne pas répondre au besoin d’attention de ma belle-soeur à qui je faisais donc la conversation pendant des heures, malgré l’immense frustration ressentie du manque d’intérêts que nous avions en commun. Puis je vous passe les détails des séances de douche, avec une adulte de 37 ans 1m50 et 100+ kg, où j’ai dû porter la casquette d’aide-soignante. Ce fût la goutte.

Quand elle est partie j’ai craqué. Littéralement, j’ai fondu en larmes. Tout en étant une fois de plus en colère contre mon mari. Seulement cette fois-ci c’était après, et je savais maintenant que tout partait de moi. J’ai donc arrêté de blâmer le reste du monde et je me suis posé les vraies questions. 

La conclusion fut un choc, une révélation. Je découvrais enfin que je n’étais pas du tout faite pour prendre soin de qui que ce soit, que je n’avais pas du tout le sens de la dévotion. Que je critiquais mon mari des choses que j’étais, que je lui en voulais pour m’avoir imposé des choses qu’en réalité je m’étais imposées moi-même. C’était gros comme une montagne, et j’avais honte. La vérité est que je n’ai pas la fibre maternelle non plus et qu’il y a beaucoup de chances que si j’avais été un homme qui avait grandi dans le même contexte familial que mon mari j’aurais tout fait pareil.

J’ai compris ce jour-là que le sacrifice n’était pas fait pour moi. Que je devais rester en accord avec moi-même car lorsque je ne le faisais pas non seulement j’en étais amère et malheureuse, mais aussi je devenais mauvaise et agressive avec les autres soi-disant responsables de ma situation. Bref, avec cette prise de conscience je n’avais plus d’autre choix que d’assumer.

Ce mois d’octobre aura été une réelle épreuve. Car pour en rajouter une couche, j’étais aussi en dépression, et mes amies s’étaient donné le mot pour me bombarder de messages sollicitants, m’envahissant de leurs problèmes. Quand l’Univers veut vous faire comprendre quelque chose et que vous ne voulez rien entendre ça y va fort… 

J’ai craqué et j’ai envoyé tout le monde bouler. Comme un chien qui débarque dans le quartier je me suis mise à pisser sur les poteaux de ma maison et de ma messagerie histoire de bien faire comprendre où se limitait mon territoire. Enfin, quelque chose comme ça.

J’ai pris la responsabilité d’être qui je suis et de me respecter. J’ai annoncé clairement ce que j’étais prête à faire, et à ne pas faire, aux plus proches.

Au début ça m’a semblé difficile, j’avais peur des réactions. Et oui j’ai été jugée parfois mais le fait de dire STOP était tellement libérateur, après tout ça, que je m’en foutais pas mal.

Aujourd’hui il ne reste plus grand chose de la Delphine qui dit oui à tout et à tous. Mon mari et moi n’avons plus d’incompréhension sur le sujet de la famille et même lui commence à accepter le fait qu’il n’est pas fait pour ça non plus (ce qui est beaucoup plus difficile pour un italien du sud…!).

Quand ma mère me dit d’appeler la grand-mère je ne ressens plus le besoin de me justifier, je ne réponds même plus. Je le fais si j’en ai envie, pas parce que ça fait x temps et qu’il serait bien de…

J’ai abandonné l’idée d’être la maman parfaite hyper disponible coûte que coûte. J’exprime maintenant sans honte et simplement à mon petit garçon quand je suis fatiguée ou que je n’ai pas envie de jouer avec lui. Et je suis bien plus patiente quand il m’envoie paître à son tour.

Je suis toujours présente pour mes amies en ligne (quand on vit à l’étranger ça passe par messenger et whatsapp lol) mais si je ne me sens pas disponible, d’humeur ou autre, je réponds le jour suivant voire plus tard sans remords.

Idem pour les messages professionnels. J’ai appris à équilibrer l’importance et le temps que je donne sans que je ne culpabilise. Bon ok, je donne encore beaucoup à ce niveau mais au moins c’est pour mon propre plaisir et pas pour faire bien ou pour obtenir quoi que ce soit.

En fait, se donner la permission de se faire passer avant les autres leur donne la même permission. C’est vraiment du win-win car non seulement on se libère des obligations qui nous pesaient mais en plus on ne blâme plus personne et on comprend quand quelqu’un n’est pas disponible.

Aujourd’hui je trouve ça normal qu’à moi aussi on ne réponde pas tout de suite, qu’on me dise non, qu’on n’ait pas la même vision que moi, qu’on ne soit pas d’accord, etc. En fait tout est bien plus simple et avec le temps on se détache même du jugement de l’autre. On se rend compte de ce qui est vraiment de notre responsabilité et ce qui ne l’est pas.

En fixant mes limites je mets en valeur qui je suis.

En fixant mes limites j’autorise les autres à en faire de même.

En fixant mes limites j’établis des échanges plus harmonieux avec les autres.

En fixant mes limites j’assume qui je suis et j’accepte qui est l’autre.

En fixant mes limites je reprends ma liberté.

Je te souhaite de faire pareil, dans tous les domaines de ta vie.

2 Commentaires sur “Fixe-toi des limites”

  1. Grand, grand merci de ce témoignage profond et authentique qui résonne ( ou raisonne) c’est sûr en chacun /chacune….Pour moi, j’ai pris ma part…!
    S’extirper du « oui » fourre-tout est plus dur que d’arracher des racines de pissenlits!! Et pourtant les racines de pissenlits , bonjour pour les avoir!!
    Bref, continuez d’être ce que vous êtes, ce que vous ^partagez permet d’ouvrir des portes……

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